"L'escalier, toujours l'escalier qui bibliothèque et la foule au bas plus abîme que le soleil ne cloche."

Robert Desnos,
Langage Cuit, 1923.
Affichage des articles dont le libellé est Encyclopédie joviale. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Encyclopédie joviale. Afficher tous les articles

jeudi 27 décembre 2012

Soirée d'anniversaire

Ce fut une bien curieuse idée que de me faire naître à la date où je suis né...

Mais je ne puis m'en prendre au choix que firent jadis mes chers parents puisque bon nombre d'indices convergents m'ont depuis longtemps conduit à penser qu'il n'y eut, de leur part, pas de choix du tout.

C'est donc à la veille d'une fin de monde annoncée qui fit long feu que j'entrai dans ma grande année climatérique.

Et cela fait une semaine qu'à ma grande surprise, cela dure...

Une ancienne tradition voyait en cette soixante-troisième, où je survis encore un peu, une année critique de la vie humaine. S'y rencontrent et s'y renouvellent, en effet, les influences cycliques des sept planètes, qui gouvernent la vie du corps, et des neuf muses, qui gouvernent celle de l'esprit...

On me pardonnera l'outrecuidance de renvoyer là-dessus à un billet de mon ancien blogue où, citations de Censorinus à l'appui, tout ceci se trouve un peu détaillé. Cela reste sans doute lisible, puisque, il y a deux ans,  j'étais beaucoup plus jeune que désormais, et j'avais par conséquent le style plus alerte et l'orthographe plus assurée.

Et puis, peut-être, voulais-je alors, sourire en coin, « au ciel bleu croire », comme disait « le Victor Hugo du XXe siècle »...

A moins que je n'y crusse vraiment :

Monique Morelli, Maintenant que la jeunesse...
Poème de Louis Aragon.
(extrait de Le nouveau crève-cœur, Gallimard, 1948.)
Musique de Lino Leonardi.

En taillant dans les vers de remplissage d'une plate horizontalité, assez coutumiers de notre auteur, d'habiles communicant(e)s pourraient utiliser cette parfaite aragonnerie pour vanter, auprès des « seniors » débutants, les « produits » qui leur ont été réservés, après étude minutieuse de leurs appétences en cours de réduction.

Malgré quelques désagréments et/ou alertes, je ne m'étais guère soucié de rejoindre cette classe d'âge officielle.

Mais le vieillissement est aussi affaire d'identité sociale, celle qu'atteste certains papiers ou qui se lit dans le regard des autres.

C'est ainsi que je fus rappelé à l'ordre, il y a deux mois, lors d'une réunion amicale où j'avais été indirectement invité par un pétulant jeune homme, à quelques jours de son anniversaire. J'y fus présenté à l'assemblée de trentenaires - ou en voie de l'être - qui s'était réunie chez lui comme un exemplaire d'humanité vétuste, et j'y fus traité comme tel, sur un ton gentiment goguenard mais insistant, dans la conversation qui s'installa. Je sentais que cela n'était pas le simple reflet ironiquement bienveillant de mes propres pirouettes sur mon âge canonique, et il me fut assez difficile de prendre ce qui venait comme cela venait et cum grano salis - d'autant que la mouture n'était pas trop fine. Je finis par me demander si l'on ne m'avait pas réservé un rôle pour un dîner de (vieux) con...

Mais de dîner, il ne fut pas question. J'ignorais qu'il s'agissait d'une soirée collective à thème défoulatoire - beuverie effrénée, partouze forcenée, défonce carabinée, tournoi de mikado ou marathon de karaoké, peu importe... Lorsque je quittai les lieux, le maître de cérémonie, après s'être poliment inquiété de ma santé déclinante, me confia que finalement, oui, il avait eu tort de me faire dire de venir. Je me gardai bien de l'assurer que, oui, cela avait été une erreur.

Cela en aurait été une à n'importe quel âge de ma vie, mais la sensation de mise à l’écart pour cause d'ancienneté a persisté, et creusé son sillon, qui, depuis, a tout à fait pris l'apparence d'une ride...

Avant de vivre avec intensité le « passage de la soixantaine » dont on me parle ici ou là depuis une bonne poignée d'années, de m'inscrire aux clubs des seniors de Trifouillis-en-Normandie, et de partir avec eux et ma valise à roulettes vers ces pays où « il fait un temps à n'y pas croire », il va falloir que je soigne cette dépression climatérique qui gagne du terrain.

Un article du Figaro Santé me rassure partiellement : la faculté s'inquiète de plus en plus sérieusement de la « dépression des seniors ». L'encadré des symptômes caractéristiques, où je fais quasiment un sans faute, confirme mon auto-diagnostic. Cependant - et c'est toujours le cas lorsque je me trouve une maladie -, certaines modalités de soins m'inquiètent un peu. On peut y lire, en effet, que, si le recours aux anti-dépresseurs est en général efficace,

En cas d'échecs thérapeutiques ou de contre-indications médicales à ces médicaments, il reste alors la solution des électrochocs: « Deux à trois séances hebdomadaires (sous anesthésie générale) pendant trois ou quatre semaines suffisent le plus souvent. Hormis quelques troubles de la mémoire dans les semaines qui suivent, il n'y a pas d'effets indésirables gênants et les résultats sont vraiment bons. Il ne faut donc pas en avoir peur quand toutes les autres solutions ont été épuisées », conclut le Pr Boulenger. Ce qui compte, c'est l'obtention d'un bon résultat…

De quoi me flanquer des angoisses en prime...

dimanche 5 août 2012

Une clandestine au jardin

Il n'y a jamais eu de saisons, on le sait bien, et quand il y en a, elles sont pourries...

En ce printemps malade, au moment d'installer, à une date approximativement convenable, quelques tubercules de dahlias dans un endroit approprié, j'ai constaté qu'au bord du massif croissait une plante exogène venue s'y installer clandestinement pendant que j'avais le dos tourné. Les feuilles étaient déjà bien développées, et plutôt décoratives. Je décidai de laisser venir jusqu'à la floraison...

Laquelle est en cours, à environ deux mètres du sol.


Les botanistes ont reconnu, en haussant les épaules, la très commune Eupatoire à feuilles de chanvre - Eupatorium cannabinum L. - qui pousse généralement dans les fossés des bords de route...

Cette plante multiplie les appellations vernaculaires : Chanvrine, Chanvre d'eau, Chanvrière, Cannabine, Eupatoire d'Avicenne, Eupatoire des Arabes, Herbe de sainte Cunégonde, Origan des marais... J'en passe mais je ne saurais oublier que Gaston Bonnier lui attribue la dénomination de Pantagruélion aquatique.

A la fin de son Tiers-Livre, Rabelais raconte « Comment Pantagruel feist ses apprestz pour monter sus mer » - chapitre XLIX - , et notamment qu'« il feist charger grande foison de son herbe Pantagruelion, tant verde & crude, que conficte & praeparée ». Il se livre alors à un éloge de cette herbe « & des admirables vertus d'icelle » qui a donné lieu à bien des commentaires érudits - ou non. Il commence par une savante description de la plante et en décrit les feuilles :

Les feueilles a longues trois foys plus que larges, verdes tous iours: asprettes, comme l'Orcanete : durettes, incisées au tour comme une faulcille & comme la Betoine: finissantes en poinctes de Sariffe Macedonicque, & comme une lancette dont usent les Chirurgiens. La figure d'icelle peu est differente des feueilles de Fresne & Aigremoine : & tant semblable à Eupatoire, que plusieurs herbiers l'ayant dicte domesticque, ont dict Eupatoire estre Pantagruelion saulvaginé.

La ressemblance entre les feuilles de l'Eupatoire chanvrine et de l'Aigremoine eupatoire - Agrimonia eupatoria - ne saute pas aux yeux, du moins sur les plantes fraîches...

Il semble que leurs utilisations médicinales aient rapproché les deux espèces. En 1543 - le Tiers-Livre a été publié en 1546 -, Leonhart Fuchs remarquait, à propos de notre « Pantagruelion saulvaginé » :

Cette plante n'a pas encore de nom latin, mais les apothicaires ne se trompent pas beaucoup en l'appelant Eupatorium.

Pour lui, il ne fait pas de doute que ce nom devrait revenir à l'Aigremoine, par ailleurs encore nommée Eupatoire des Grecs.

Ainsi donc, il me faut bien admettre que la plante clandestine de mon jardin s'est autrefois rendue coupable, avec la complicité d’apothicaires et de charlatans, d'usurpation d'identité. C'est sans doute pour cela que je la garde à vue...


(Flora von Deutschland, Österreich und der Schweiz, 1885, 
par le Prof. Dr. Otto Wilhelm Thomé.)

J'ai trouvé la citation de Fuchs en consultant le livre du chanoine Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France - première édition en 1947, réédition en 2010, avec une préface de Clotilde Boisvert, chez Omnibus.

Cet auteur m'a également appris que la délinquante du jardin avait bien des qualités :

La teinture homéopathique préparée avec la plante fraîche fleurie trouve son emploi dans les inflammations des gencives, de la pulpe dentaire, de la muqueuse buccale, dans le flux salivaire, dans l'irritation violente de la gorge, dans l'embarras gastrique, l'anorexie, les crampes d'estomac, les irritations des reins, de la vessie, de l'utérus, la gravelle et le catarrhe vésical.

Extérieurement, les applications de feuilles fraîches écrasées ou de décoction de plante fraîche favorisent la cicatrisation des plaies, la résolution des contusions et des tumeurs du fondement.

J'ai ainsi compris que j'avais peu de raison de me priver de sa présence incongrue...

L'idée d'admettre, pour elles-mêmes, les mauvaises herbes dans les jardins n'est pas nouvelle. Elle doit beaucoup au travail de Gilles Clément, qui est, selon sa ouiquinotice,  « jardinier, paysagiste, botaniste, entomologue, écologue et écrivain » mais semble surtout tenir à la première appellation - au début des années 1990, son intervention sur les 13 hectares du parc André-Ctroën a été déterminante. Il est aussi, depuis 1979, enseignant à l'École nationale supérieure du paysage de Versailles, et il a été invité à occuper une chaire annuelle de Création artistique au Collège de France en 2011-2012. Sa leçon inaugurale, Jardins, paysage et génie naturel, a été prononcée le 1er décembre 2011.
Elle débute par une tentative de définition des trois termes : jardin, paysage, environnement.

Parlant du jardin, Gilles Clément rappelle que ce mot, « partout dans le monde, signifie à la fois l’enclos et le paradis », et il poursuit :

L’enclos protège. Au sein de l’enclos se trouve le « meilleur » : ce que l’on estime être le plus précieux, le plus beau, le plus utile et le plus équilibrant. L’idée du meilleur change avec les temps de l’Histoire. L’architecture du jardin traduisant cette idée change en conséquence. Il s’agit non seulement d’organiser la nature selon une scénographie de l’apaisement mais encore d’y exprimer une pensée aboutie de l’époque à laquelle on vit, un rapport au monde, une vision politique. Quelle que soit la figure stylistique et l’architecture qui en découle au fil du temps, le jardin apparaît comme le seul et unique territoire de rencontre de l’homme avec la nature où le rêve est autorisé.

Il termine sa réflexion sur l'idée de jardin par ces mots, qui me parlent du « Pantagruelion saulvaginé » que j'ai laissé croître :

Nous ne savons pas en quoi précisément consiste le « meilleur » puisqu’il varie avec le temps. Ce que l’on maintenait autrefois hors de l’enclos - le sauvage, la mauvaise herbe - pénètre aujourd’hui le jardin. Il peut même en être le sujet principal. Nous pouvons nous demander ce qui a si brutalement changé dans l’histoire de l’humanité pour qu’une valeur décriée devienne un trésor apprécié. Quelle est donc cette herbe qui nous dicte sa loi ?

(Le texte de Gilles Clément qui, on s'en doute, dépasse largement ma petite histoire, est consultable en ligne.)

lundi 30 juillet 2012

Un art vénérable et ancien

On peut remarquer que, dans son « conte des origines » du langage et de la poésie - c'est tout un -, Jacques Roubaud n'a même pas pris la peine de faire la moindre allusion à la fable biblique de la Genèse (II, 19-20) où l'on voit le créateur, un peu dépassé par les événements, s'inquiéter de la solitude du pauvre Adam, lui fabriquer en urgence tous les représentants du monde animal et les lui présenter afin qu'il les nomme...

Ce qui donne, dans la Bible de Jérusalem :

[18] Yahvé Dieu dit : « Il n'est pas bon que l'homme soit seul. Il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie. » [19] Yahvé Dieu modela encore du sol toutes les bêtes sauvages et les oiseaux du ciel, et il les amena à l'homme pour voir comment celui-ci les appellerait : chacun devait porter le nom que l'homme lui avait donné. [20] L'homme donna des noms à tous les bestiaux, aux oiseaux du ciel et toutes les bêtes sauvages, mais, pour un homme, il ne trouva pas l'aide qui lui fût assortie.

Et dans la traduction d'André Chouraqui :

18. IHVH-Adonaï Elohîms dit: « Il n’est pas bien pour le glébeux d’être seul !
Je ferai pour lui une aide contre lui. »
19. IHVH-Adonaï Elohîms forme de la glèbe tout animal du champ,
tout volatile des ciels,
il les fait venir vers le glébeux pour voir ce qu’il leur criera.
Tout ce que le glébeux crie à l’être vivant, c’est son nom.
20. Le glébeux crie des noms pour toute bête,
pour tout volatile des ciels, pour tout animal du champ.
Mais au glébeux, il n’avait pas trouvé d’aide contre lui.

Ce qui est peut-être plus pohaitique, mais pas tellement plus clair, car on se demande bien ce qu'il a à crier comme ça, celui-là...

(Précisons, pour ceux qui auraient un peu oublié le film, que dans les deux versets suivants, IHVH-Adonaï Elohîms, ou Yahvé Dieu, ou qui que ce soit faisant office de doublure ce jour-là, manufacture, après prélèvement sur Adam d'un os mystérieux, la femme, celle qui doit être pour lui « une aide qui lui soit assortie », ou encore « une aide contre lui », ou encore, au vu du contexte, une sorte d'animal de compagnie idéal...)

Restitution pigmentée d'une photographie d'époque.
(Fresque de Théophane le Crétois
au monastère Agios Nikolaos Anapafsa, Grèce.)

Mes professeurs d'antan, chers frères et bons pères selon les saisons, m'ont appris que cette cérémonie de l'imposition du nom à toute créature avait une forte signification symbolique. Car elle institue, disaient-ils, Adam comme maître du monde créé. L'acte de nomination était par eux interprété d'abord et surtout comme un acte de domination.

Nous voici bien loin de la liste poème.

Car ce montage narratif, bien qu'il amène l'acteur principal à prononcer une liste digne de considération, peut difficilement être vu comme le récit de la naissance du geste poétique. Guidé par son créateur en pleine improvisation, le « glébeux » se trouve conduit à attribuer un nom à chaque être vivant avec un souci d'exhaustivité si prosaïque et si ennuyeux qu'on se demande s'il n'aurait pas préféré qu'on lui fiche la paix...

Ce n'est pas le premier poème fleuve au long cours qui est alors prononcé, mais plutôt la première nomenclature scientifique complète - réduite, il est vrai, au règne animal - préfiguration des inventaires raisonnés du « système de la nature ».

(Ce précieux catalogue n'a pas été transcrit par la bible et, malgré des siècles et des siècles de recherches passionnées, de disputes entre érudits et d'anathèmes, on ne sait même pas en quelle langue il avait été établi... Cette quête de la langue première aura au moins permis à Maurice Olender d'écrire un livre très beau et très intelligent, Les Langues du Paradis ; Aryens et Sémites, un couple providentiel, paru en 1989 chez Gallimard-Le Seuil, réédité en collection Points, au Seuil, en 1994, et re-réédité, au même endroit et en version augmentée, en 2002.)

On n'oublie pas, naturellement, que Carl von Linné, en parlant de son grand œuvre, Systema naturæ per regna tria naturæ, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis, n'hésitait pas à se portraiturer comme un nouvel Adam appelé à donner leurs noms aux créatures - et sans négliger les plantes. Cette prétention peut nous faire sourire, mais nous avons retenu, et maintenu au frais sur les étagères du sérieux,  cet adage qu'il professait et qui, j'en suis certain, n'aurait pas déplu à mes anciens maîtres :

Nomina si nescis, perit et cognitio rerum.

(Si l'on ignore le nom des choses, on en perd aussi la connaissance.)

Le nouvel Adam, déguisé en Lapon et tenant en main une linnée boréale.
(Gravure de H. Kingsbury d'après un tableau de Martin Hoffman, 1737.)

Ce souci de reconstituer ou d'élaborer une langue parfaite, ou même la langue parfaite, capable d'enregistrer la connaissance que nous pouvons avoir des choses, a mené a d'impressionnantes constructions intellectuelles, obsessionnelles et parfois délirantes. Le catalogue de ces multiples tentatives menées à la frontière de la raison et de la déraison aurait probablement le charme extravagant des fatrasies médiévales. J'ignore si l'on en a dressé cette encyclopédie vagabonde, mais on peut aussi agréablement les rencontrer au hasard des lectures...

Ainsi peut-on croiser, au détour des Enquêtes de Jorge Luis Borges - livre de 1952, traduit par Paul et Sylvia Bénichou pour les éditions Gallimard en 1986 -, la figure assez peu connue de John Wilkins auquel est consacrée une note. Wilkins, qui « s’intéressa à la théologie, à la cryptographie, à la musique, à la fabrication de ruches transparentes, à la marche d’une planète invisible, à la possibilité d’un voyage dans la lune, à la possibilité et aux principes d’un langage mondial », publia en 1668 un bel ouvrage de 600 pages in quarto consacré à « ce dernier problème » et intitulé An Easy towards a Real Character and a Philosophical language. Il y expose sa solution au problème :

Il divisa l’univers en quarante catégories ou genres, subdivisibles en sous-genres, subdivisibles à leur tour en espèces. Il assigna à chaque genre un monosyllabe de deux lettres ; à chaque sous-genre, une consonne ; à chaque espèce une voyelle. Par exemple : de veut dire élément ; deb, le premier des éléments, le feu ; deba, une portion de l’élément feu, une flamme. (...)

Les mots de la langue universelle de John Wilkins ne sont pas des symboles arbitraires et grossiers : chacune des lettres qui les composent est significative, comme le furent les lettres de l’Écriture sainte pour les cabalistes. Mauthner (*) remarque que les enfants pourraient apprendre cette langue sans en connaître l’artifice ; plus tard, au collège, ils découvriraient qu’elle est, en même temps qu’une langue, une clef universelle et une encyclopédie secrète.

[(*) Auteur d'un Wörterbuch der Philosophie (1924), consulté par Borges.]

Borges a beau jeu de relever dans cette ambitieuse construction linguistique et cognitive des « catégories ambiguës, superfétatoires, déficientes », qui lui  « rappellent celles que le docteur Franz Kuhn attribue à certaine encyclopédie chinoise intitulée Le marché céleste des connaissances bénévoles » :

Dans les pages lointaines de ce livre, il est écrit que les animaux se divisent en
a) appartenant à l’Empereur,
b) embaumés,
c) apprivoisés,
d) cochons de lait,
e) sirènes,
f) fabuleux,
g) chiens en liberté,
h) inclus dans la présente classification,
i) qui s’agitent comme des fous,
j) innombrables,
k) dessinés avec un très fin pinceau de poils de chameau,
l) et cætera,
m) qui viennent de casser la cruche,
n) qui de loin semblent à des mouches.

(Traduction de Paul et Sylvia Bénichou, seule la disposition typographique a été modifiée.)

Le texte de Borges indique un autre exemple où semble soudainement s'abolir l'écart entre la patiente construction d'une nomenclature systématique et l'immédiateté désordonnée de l'expression poétique. Il s'agit des subdivisions introduites par l’Institut bibliographique de Bruxelles. Mais la liste de l'encyclopédiste chinois, qui a toutes les apparences d'un apocryphe, est de loin la plus fascinante.

De l'aveu même de Michel Foucault, on sait que de cette fascination est née la méditation philosophique qu'il a menée sur la naissance de l'Homme, et d'une manière qui s'écarte notablement de la narration d'un « conte des origines » :  Les Mots et les Choses : Une archéologie des sciences humaines, Gallimard, 1966.



vendredi 13 juillet 2012

Un guide de promenades parisiennes


– Ouvrez grands vos hublots, tas de caves, dit Fédor Balanovitch. A droite, vous allez voir la gare d'Orsay. C'est pas rien comme architecture et ça peut vous consoler de la Sainte-Chapelle si on arrive trop tard.
(…)
– Sainte-Chapelle, qu'ils essayaient de dire. Sainte-Chapelle...
– Oui, oui, dit-il aimablement. La Sainte-Chapelle (silence) (geste) un joyau de l'art gothique (geste) (silence).
– Recommencez pas à déconner, dit aigrement Zazie.

Raymond Queneau, Zazie dans le métro, Gallimard, 1959.


Selon les estimations de la conservatrice en chef de la bibliothèque de Trifouillis-en-Normandie, il me faudra attendre deux ou trois ans avant de pouvoir emprunter Métronome : L'histoire de France au rythme du métro parisien, le best-seller de Lorànt Deutsch - aux Éditions Michel Lafon, 2009. La notoriété de cet ouvrage vient d'être opportunément relancée par une adaptation télévisée assez médiocre, paraît-il, et, plus récemment, l'éclosion médiatique d'une polémique assez tardive. Le débat, relayé par des élus PCF-Parti de Gauche du Conseil de Paris vient tout juste de se noyer dans la tiède pataugeoire dudit Conseil. Cette instance municipale n'était certainement pas la mieux placée pour aborder la question de fond, qui est peut-être celle de l’utilisation courante, à des fins prétendues pédagogiques, de certains produits de qualité médiocre, mais placés « en promotion », de notre florissante industrie culturelle. Quand ils auront le temps, les responsables de l’Éducation Nationale pourront plancher là-dessus, mais je crois qu'il va y avoir un certain délai... 

Il en sera de même pour ma lecture du Métronome, à moins que je ne me décide à le feuilleter très systématiquement, debout dans les rayons de mon hypermarché préféré où il doit être placé en évidence. Cela sera un peu plus confortable que de le lire dans le métro...

Ma curiosité est motivée par l’extraordinaire talent que laisse supposer l'auteur Lorànt Deutsch.

De la première livraison de l'adaptation télévisuelle de son œuvre, les critiques ont relevé et popularisé cette phrase qui enterre bien des perles laborieusement collectées par les correcteurs du baccalauréat :

Les Romains, face à l'armée gauloise, attaquent aussi par derrière. 

Au lieu de m'en gausser comme un bossu, j'y vois une preuve de la riche érudition de notre homme. Pour en arriver là, il est indéniable qu'il a dû potasser un grand nombre de traités de stratégie militaire...

A l'oral, dans le décousu et le débridé, et surtout quand il affirme son attachement à l'idée de monarchie, il fait preuve d'un art consommé de l'aphorisme :

On n'a pas fait que couper la tête au roi, on a tourné le dos à beaucoup de nos racines. 

Disait-il, lors d'une émission de Laurent Ruquier.

... pour moi, l'histoire de notre pays s'est arrêtée en 1793, à la mort de Louis XVI. Cet événement a marqué la fin de notre civilisation, on a coupé la tête à nos racines et depuis on les cherche. 

Disait-il au cours d'un entretien retranscrit dans Le Figaro-Télé.

Si notre auteur prenait conscience de ses immenses possibilités, y ajoutant un peu d'humour et de travail, il pourrait peut-être rejoindre, avec de si fortes maximes, le grand Pierre Dac dans l'anthologie toujours en chantier du foutage de gueule.

Pierre Dac (1893-1975),
à Londres, probablement.
(Photo : AFP/Archives.)

Pour le reste, je ne pense pas, et l'on voudra bien pardonner mon immodestie, avoir vraiment besoin des travaux de Lorànt Deutsch pour me (re)donner le goût de l'Histoire, qu'elle soit de France ou de Paris. Mais sait-on jamais ?

Ce que je sais, c'est que j'ai, pour mes promenades parisiennes, un goût fort modéré pour les guides. Et je me connais assez pour savoir que j'aurais un peu de mal à adopter un guide pour lequel une association nommée Paris-Fierté a lancé une pétition de soutien, relayée par le Bloc identitaire, l'Œuvre française, Rivarol et Minute. Je préfère, à l'occasion, partir en me repérant le plus scrupuleusement possible sur un plan de Londres, Le Caire ou Barcelone, trois autres villes riches en histoires, ou encore en me référant au Paris introuvable de Karen Elizabeth Gordon.

Le guide insolite écrit par Karen Elizabeth Gordon,
illustré par Barbara Hogson et Nick Bantock.
Traduit de l'anglais par Danielle Mémoire.
Éditions Abbeville, 1997.

On doit ce livre à une spécialiste du langage, auteure d'ouvrages aux titres plus ou moins intraduisibles, The Deluxe Transitive Vampire: A Handbook of Grammar for the Innocent, the Eager and the Doomed - 1993 - ou The Disheveled Dictionary: A Curious Caper Through Our Sumptuous Lexicon - 1997 - ou encore Torn Wings and Faux Pas: A Flashbook of Style, a Beastly Guide Through the Writer's Labyrinth - 1998 -, mais aussi de nouvelles qui n'ont, à ma connaissance, jamais été traduites en français. Son Paris Out of Hand: A Wayward Guide de 1996 l'a été, mais ce fut certainement un parfait worst-seller qui est devenu - c’était couru d'avance - introuvable.

Cet insuccès éclaire indubitablement le spectacle désolant de ces troupes harassées de touristes que l'on voit se masser dans certains endroits de la capitale désignés par leurs guides prosaïques. Au retour, comme Charles et Gabriel accompagnant Zazie, ils confondront le Panthéon avec les Invalides ou le Sacré-Cœur, et devant leur diaporama les couples se déchireront...

Mais, loin de Paris, ils seront également loin du Café conjugal, sis au 368 de la rue des Allumettes :

Propriété de la compagnie qui possède et gère également le Café Conditionnel, le Café conjugal ne tolérera pas les silences glaciaux, les geignements et les voix anguleuses qu'un couple marié impose souvent à ses voisins de table. D'une partie à l'autre d'un ménage en péril, l'invitation à y dîner est donc le signal de la trêve: à peine sur place, les voici tout charme et civilité; il n'est pas rare qu'on ait, arrivé au café et aux profiteroles, oublié jusqu'à la cause du conflit. Que vienne, en revanche, un couple en pleine harmonie, et ce peut être le salut avant la mêlée, le calme avant la tempête.

La conjugalité s'entend ici en un sens élargi et englobe aussi bien un homme et son chien, une femme et son miroir, un ménage à trois plus ou moins ordinaire qu'une dominatrice occasionnelle et son esclave. Il n'est pas exigé de certificat de mariage ou de concubinage.

Dans les années soixante-dix et au début des années quatre-vingt, le Conjugal était subrepticement devenu un marché d'échange de partenaires à court ou à long terme. Il est revenu, avec le Sida, à sa vocation première. Deux non avertis, surpris à s'y faire des reproches ou s'entre-corriger leurs anecdotes, se retrouveront à faire la vaisselle, hacher la chair à saucisse ou récurer les parquets, le temps de se réconcilier avant d'être expédiés au lit à l'étage au-dessus.

Hélas !

Et tant pis pour eux...


Ce guide précieux est judicieusement découpé en chapitres commodes à consulter : Hôtels, Vie nocturne et Loisirs, Restaurants et Cafés, Services, Sites et Monuments, Magasins et Boutiques, Transports. Sa parfaite inutilité pratique en fait un guide irremplaçable pour s'égarer sur les chemins où fleurissent d'étranges légendes urbaines :
 
Aux alentours de la Place Gambetta, dans le XXe arrondissement qui, légèrement suspendu, possède l'air le plus pur de la capitale et a, pour cette raison, attiré de nombreux hôpitaux ainsi que la rue piétonne à laquelle Villiers de l'Isle-Adam a donné son nom, il est une coutume qui peut, par à coups, à n'importe quel moment de l'année, de jour comme de nuit, briser la paisible surface du quartier. Les grands-mères, les mères, les adolescentes et quelques fillettes précoces y épinglent une fleur à leur corsage pour pleurer la disparition et honorer le retour et la mémoire de celui que Paris-Presse avait baptisé « le violeur en smoking ».

Bien qu'il n'ait pas confiné ses assauts à une seule rue, c'est Passage des Soupirs qu'il a commencé sa carrière. N'a-t-il été qu'un inoffensif dandy, ainsi que les fleurs semblent en témoigner ? Tout ce que faisait, en somme, l'élégant agresseur, c'était d'accoster les femmes seules dans les ténèbres de rues désertes et les forcer à danser avec lui. Il laissait toujours en signature une fleur épinglée sur la palpitante gorge de sa victime. Si vous remontez la colline depuis la place Gambetta, et si vous voyez une jupe tournoyer sur une mesure de valse ou de tango et une femme aux yeux étincelants, vous saurez que le fantôme en smoking est de retour, invisible, et adoré.


Le livre se termine avec des

ADIEUX AU LECTEUR

Les réjouissances ne s'achèvent pas ici, et votre voyage commence tout juste. Nous vous laissons aux soins des transports afin que vous puissiez être transporté de corps et d'âme où que vous le souhaitiez. Faites vos arrangements, vos dérangements, envoyez-nous une carte postale depuis la Poste du Pont Traversé (*), le pont entre désir et assouvissement. Bienvenue alors à vos propres pas ; ils vous mènent au Café Destinée (*), vous rencontrez un autre Introuvabiliste au Musée des Lèvres et Livres (*), ou prenez votre essor dans un hôtel silencieux. Paris est à vous, à votre demande, et nous espérons que vous avez trouvé de nouvelles questions, et non pas des réponses, au moment où vous allez laisser à découvert la part ensoleillée et la part noctambule de vos incomparables traces. Les fenêtres veulent vos yeux, les visages votre reflet, la vie d'une ville invite la vôtre.

(*) Lieux que seul ce guide vous permettra de connaître.

samedi 23 juin 2012

Quarante ans de grand style

Malgré le goût immodéré pour les comptes ronds manifesté de toute éternité par les tenanciers des gazettes, un anniversaire risque de passer inaperçu. Il s'agit de celui de La Hulotte, « le journal le plus lu dans les terriers », qui vient de fêter, dans la plus grande discrétion médiatique, ses quarante ans d'existence en publiant son numéro 97. Certes, il est difficile de prétendre que 97 est un « chiffre » d'une remarquable rondeur, mais il est premier et l'on peut estimer que les nombres premiers mériteraient davantage de considération de la part des messieudames de la presse.
 
Pour fêter ses quarante ans, la Hulotte a invité
un animal guère plus pressé qu'elle :
l'Escargot des haies.

Nos amis chroniqueurs scientifiques pourraient conter à leurs lecteurs attentifs la belle histoire de cette vénérable « revue naturaliste française », comme dit ouiquidédia. Ils pourraient narrer la naissance de La Hulotte des Ardennes, bulletin de liaison ronéoté d'un réseau de clubs « nature » que pensaient fonder Pierre Déom, instituteur à Rubécourt, et quelques uns de ses amis. Ce serait l'occasion de réexpliquer que les cinq premiers numéros, ne contenant essentiellement que des informations locales, ne seront probablement jamais réimprimés. Il faudrait alors retracer, avec plus ou moins de détails chronologiques, comment cette modeste feuille mensuelle est devenue une publication « irrégulomadaire » - le rythme est actuellement d'environ deux parutions par an - proposant à ses abonnés, à chaque numéro, une monographie naturaliste sur des plantes ou des animaux très facilement observables. Les chroniqueurs les mieux documentés - ceux qui auraient accès à la collection complète - pourraient nous faire cela avec toutes les statistiques qu'il faut pour faire très sérieux. Les autres signaleront probablement que La Hulotte, paraissant moins de quatre fois par an, s'est vue retirer, en 1984, son numéro de Commission paritaire des publications et des agences de presse - CPPAP -, et qu'elle a ainsi perdu les quelques avantages qui allaient avec. Enfin, tous pourront ajouter, en direction d'un lectorat appréciant ce genre de précisions pratiques, que La Hulotte est aussi une entreprise, les Éditions Passerage, qui employait, en 2009, une dizaine de salariés. 

Tout ceci pourrait se rédiger, bien sûr, en parodiant le style de la vénérable quadragénaire, sous la forme d'un récit retranscrit d'un entretien avec La Hulotte elle-même.

La Hulotte, en effet, a imposé un style bien personnel dans la littérature consacrée à l'histoire naturelle. Elle en a renouvelé la tradition en introduisant dans la description des espèces végétales ou animales une approche de prime abord rigolarde. Un des procédés les plus utilisés consiste à personnifier la vedette du numéro et à la faire parler à la première personne, et non sans humour, de sa survie, de sa vie et de ses œuvres. Les plus jeunes lecteurs s'y amusent à retrouver le pays connu des contes et des fables - et y apprennent beaucoup de choses. Certains lecteurs plus âgés aussi, que l'on rencontre parfois accroupis au fond de leurs jardins ou au bord des chemins, ouvrant des yeux de gamins émerveillés. D'autres, dans cette même catégorie sénior, m'ont parfois semblé plus réticents, estimant que ce type de présentation, pour utile qu'elle soit, devait être réservée, mais avec modération, aux plus jeunes. Les plus subtils de ces critiques soulignent que les fantaisies de La Hulotte frôlent de très près l'anthropomorphisme, qui est, on le sait, un gouffre où la vraie pensée rigoureuse se perd, et par conséquent une manière de péché contre l'esprit scientifique. Mais on peut se demander si certains exposés classiques de biologie animale ou végétale, fondés sur le paradigme évolutionniste et expliquant tout, ou presque, par des stratégies adaptatives, ne suggèrent pas davantage une assimilation des espèces à des organismes humanoïdes maîtrisant de très habiles tactiques pour persévérer dans leur être...

Aucun bonnet de nuit de mes connaissances, cependant, n'émet la moindre critique sur la qualité de la revue. Bien au contraire, on loue la clarté de la mise en page, la finesse des dessins et la lisibilité des photographies, apparues depuis peu. Quant au contenu, basé sur la documentation la plus complète possible, et souvent révisé par un universitaire spécialiste de la question - bestiole ou mauvaise herbe -, chacun accorde qu'il est de la plus grande exactitude. La souriante encyclopédie que constitue maintenant la collection (presque) complète de La Hulotte peut prendre place aux côtés des ouvrages de ses plus grands prédécesseurs, le Systema Naturæ de Carl von Linné ou l'Histoire naturelle du comte de Buffon. En pondérant par le nombre de pages imprimées, la densité d'imprécisions, d'idées reçues et d'erreurs que l'on risque d'y rencontrer est beaucoup moins grande...

Présenter sérieusement les choses sans se prendre au sérieux, c'est peut-être le style même de La Hulotte.


Une grande série dramatique récente :
Le Journal de la Reine des Frelons.
Numéro 92 : seule au monde
Numéro 94 : le château de ma mère
Numéro 95 : les derniers jours de la classe ouvrière

Mais, ainsi qu'aurait pu le dire Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon, s'il avait été, sur la fin de sa glorieuse vie, atteint d'oulipisme par anticipation, « le style est la plus grand conquête de l'homme ».

Si, derrière le style de La Hulotte, on cherche l'homme, on rencontre immanquablement Pierre Déom qui, depuis quarante ans, est le maître d’œuvre de chaque numéro de La Hulotte. C'est lui qui choisit le sujet, pioche la documentation, collecte les observations complémentaires, rédige les textes et peaufine les dessins à l’encre de Chine. Il estime que la mise au point des quarante pages d'un numéro lui demandent un millier d'heures de travail, ou plus...

Modeste, et ayant assez à faire comme cela, Pierre Déom s'intéresse davantage à celles de ses Ardennes natales qu'à la faune et la flore des grandes plateformes médiatiques. On trouvera pourtant, dans les archives de l'Express, la retranscription d'un entretien où il revient sur les débuts de la revue, sa façon de travailler, son opposition aux OGM ou la naissance de sa vocation d'« écologiste avant l'heure » :

Je me suis intéressé à la nature assez tardivement. Comme la plupart des campagnards, je n'étais pas intéressé par la nature ; elle était bien trop banale. En fait, je l'ai découverte en lisant Raboliot, de Maurice Genevoix. Ce livre m'a fait comprendre combien elle était complexe, grouillant d'espèces et de choses étranges que je n'avais jamais imaginées. J'ai ensuite passé plusieurs années à baguer des oiseaux, et c'est là que j'ai pris conscience du problème de la destruction de la nature. C'était au tournant des années 1970. Nous étions dans les glorieuses années pompidoliennes, avec beaucoup de grands projets très dévastateurs pour l'environnement. Dans le centre des Ardennes, on a fait disparaître de nombreux marais qui abritaient des espèces maintenant disparues à jamais. On considérait ces marais comme inutiles, alors on les remplaçait par des champs de maïs. A l'époque, le mot écologie n'existait pas. Inutile de dire que les esprits n'étaient pas très mûrs pour cette notion.

Pour en conclure que le style du créateur de La Hulotte a été fortement influencé par l'immortel Genevoix, il faudrait faire un pas dont l'amplitude m'effraie...


PS :

Un jour, j'ai décidé que j'étais abonné à vie à La Hulotte.

Ce n'est pas insurmontable : il suffit de se réabonner de temps en temps...

Faites donc comme moi, et ensemble souhaitons longue vie à la dame des Ardennes.


Audacieuse anticipation :
La Hulotte, radieuse, fête son jubilé de diamant.
(Photo : abaca press.)